TOU BICHVAT : LE NOUVEL AN DES ARBRES

 

Jean-Paul Sidoun

 

 

En hébreu cette fête porte plusieurs noms : Tou Bichvat, Hamichah asar bi-chevat, ou Roch hachanah la-ilanot « Nouvel an des arbres », l’un des quatre « nouvel an » de l’année juive.

 

Il est fêté par un festin de fruits et la plantation de nouveaux arbres.

 

Cette fête mineure du calendrier juif n’est pas mentionnée dans le TANAKH : la Bible, et l’on s’y réfère la première fois vers la fin de la période du Second Temple.

 

Ce jour particulier apparut comme date limite pour fixer la dime prélevée sur les produits des arbres fruitiers. Le fruit mur avant le Nouvel An des arbres devait être inclus dans le calcul de l’année précédente, tandis que tout ce qui était produit après cette date devait être taxé l’année suivante.

 

La Michnah rapporte une discussion entre les écoles de Hillel et de ChammaÏ concernant la date de la fête. Les deux écoles s’accordent sur le fait que le mois de Chevat marque la fin de l’hiver par les premiers signes du réveil de la nature, mais l’école de Chammaï en fixait la date au 1er Chevat, les disciples de Hillel lui préférait celle du 15 Chevat.

 

En confirmant la date du 15 du mois de Chevat, les Rabbins alignèrent cette fête mineure sur les deux autres fêtes agricoles de Pessah et Soukkot célébrées également au milieu du mois.

 

Avec la destruction du second temple, les lois de la dime n’étaient plus valables car elles ne s’appliquaient pas en dehors de la Terre Sainte. Néanmoins, cette fête mineure fut maintenue, mais elle revêtit un sens un peu différent. Partout où les juifs vécurent, elle les aida à préserver leur lien avec Erets Isarël. Cette fête fut retenue comme un jour ou il est interdit de jeûner, et où on omettait les prières de pénitences « Tahanounim », parce qu’elles ne convenaient pas à cette occasion.

 

Au XV eme siècle, les mystiques de Safed introduisirent des cérémonies et des rites nouveaux marquant le Nouvel An des arbres. Sous l’influence de Rabbi Isaac Louria, l’habitude fut prise de fêter ce jour par des rassemblements au cours desquels on mangeait des fruits et on récitait des hymnes spécialement écrites pour l’occasion, ainsi que des passages bibliques louant la Terre Sainte et ses produits. Pendant la cérémonie on buvait quatre verres de vin, comme lors du « seder de Pessah ». Le première coupe contient du vin rouge, la seconde deux tiers de vin rouge et un verre de vin blanc, la troisième un tiers de vin rouge et deux tiers de vin blanc, et la dernière seulement du vin blanc.

 

La couleur rouge représente le Din, c’est à dire la rigueur, et le blanc symbolise le Héssèd, autrement dit la générosité. Cependant le comportement idéal est le juste équilibre entre le Din et le Héssèd, entre la rigueur et la générosité ; équilibre qu’on ne peut trouver qu’en ayant fait l’expérience de toutes les possibilités.

 

Cette liturgie devint célèbre dans les communautés Séfarades, Achkénases et dans les pays islamiques. En 1753 des lectures appropriées furent publiées dans un recueil intitulé  « Peri ets hadar », le fruit du bel arbre.

 

Parmi les différents fruits consommés traditionnellement à Tou bi-Chevat, la place d’honneur fut donnée au fruit du caroubier qui poussait en abondance en Erets Israel. L’amandier occupe une place particulière dans cette fête, car il est le premier à fleurir en Israël après l’hiver, et vers le milieu de Chevat, il est en pleine floraison, inaugurant ainsi le printemps.

 

On a coutume lors de cette fête de rassembler sur la table au moins quinze sortes de fruits, en commençant en priorité par les sept espèces d’Israël (Chiva ha-Minim) : le blé, l’orge, le raisin, la grenade, la figue, la datte et l’olive. Pour embellir la fête, on cherche à réunir les fruits les plus rares et les plus exotiques et d’en compter le plus possible.

 

Aujourd’hui à Tou bi-Chevat en Erets Israël on plante des milliers de jeunes arbres dans les forêts, et tous les écoliers s’attachent à cette activité qui a fait refleurir le désert. C’est en quelque sorte une fête écologique qui rapproche l’homme et la nature, qui lui apprend à l’aimer et à la respecter.

 

Pour la pensée juive, l’être humain est comparé à un arbre qui grandit et donne des fruits. Ainsi par exemple en période de guerre il est interdit de couper des arbres pour en faire une palissade ou les transformer en armes.

 

Faites des arbres pas des armes.