ROCH HACHANA

 

 

Jean-Paul Sidoun

 

 

C’est le nouvel an hébraïque.

 

Avant notre exil en diaspora, cette fête ne durait qu’un seul jour. Aujourd’hui, en diaspora comme en Israël elle est célébrée le 1er et le 2 du mois de Tichri. Elle marque le début des dix jours de pénitence dont l’apogée est le Grand Pardon, Yom Kippour.

 

Selon la Michnah le calendrier juif compte quatre débuts d’années :

 

-Le 1er du mois de Nissan : le nouvel an des Rois (date à partir de laquelle était calculée le nombre des années du règne de chaque Roi d’Israël) ;

 

-Le 1er Elloul : date à laquelle on prélevait la dime sur le bétail ;

 

-Le 15 Chevat (selon Hillel) : « nouvel an des arbres », date à partir de laquelle on calculait l’âge

des arbres ;

 

-Le 1er Tichri : nouvel An à partir duquel on calculait les dates du jubilé et des années chabbatiques.

 

Avec le temps, seule cette date fut désignée sous le nom de Roch ha-chanah, toutes les autres s’effaçant devant l’importance du nouvel an religieux qui introduit les jours de pénitence.

 

L’expression Roch ha-chanah n’apparait qu’une seule fois dans la Torah et désigne le début de l’année. Dans le Pentateuque cette fête est désignée par trois termes :

-Chabaton, jour de repos solennel qui devrait être observé au premier jour du septième mois

-Zikhron térouah, jour du souvenir proclamé par la sonnerie du chofar

-et Yom térouah, jour ou l’on sonne du chofar.

Plus tard cependant les sages donnèrent à cette fête deux autres dénominations :

-Yom ha-din, jour du jugement, et Yom ha-zikkaron, jour du souvenir, ou Hachem se souvient de ses créatures.

La notion de jour du jugement est rabbinique. Elle est largement développée dans le traité Roch ha-chanah de la Michnah.

Selon ce traité, toute l’humanité défilerait devant Hachem ce jour là pour être jugée.

Cette idée est en outre commentée dans le Talmud qui insiste sur le fiat que le nouvel an est une occasion pour chacun de faire un examen de conscience à la lumière des valeurs du judaïsme. Les sages de la Michnah qui dépeignent une scène solennelle où hommes et femmes attendent d’être jugés devant le trône de Hachem, le verdict définitif n’étant rendu qu’au jour de Kippour. Ils en vinrent à imaginer trois registres ouverts dans les cieux :

-le premier pour les justes, immédiatement inscrits dans le « livre de vie » ;

-le second pour les méchants invétérés, immédiatement inscrits dans le « livre de la mort » ;

-le troisième pour les gens ordinaires, ni foncièrement bons ni foncièrement méchants, dont la destinée est pesée jusqu’au jour de Kippour.

C’est la raison pour laquelle les jours de Roch ha-chanah et de Kippour sont appelés Yamim noraim : jours terribles.

Ces thèmes se reflètent aussi bien dans la liturgie de la synagogue que dans les célébrations familiales de la fête. Ces jours là le blanc est de rigueur à la synagogue. Il symbolise le désir que devraient avoir les hommes de se rapprocher de Hachem en se purifiant de leurs péchés. La tenture protégeant l’arche sainte (parokhet), ainsi que les nappes le lutrin et les rouleaux de la Torah sont généralement d’un blanc immaculé.

Les deux jours que dure la fête (sauf si le premier jour tombe un chabbat) la sonnerie du chofar est l’apogée des cérémonies. Selon Maimonide cette injonction biblique est faite pour que chacun des fidèles soit entrainé à se repentir (téchouvah) .

Il faut faire entendre cent sonneries de chofar pendant l’office, dont les trente premières juste après la lecture de la Torah. Pendant le moussaf, les Séfarades et les Hassidims font entendre trente sonneries du chofar pendant la lecture silencieuse de la Amidah, trente autres pendant sa reprise à haute voix par l’officiant pour finir par une série de dix notes juste avant le Adon Olam.

Roch ha-chanah étant une fête beaucoup plus solennelle que joyeuse on ne récite pas le Hallel. En revanche diverses parties de l’office comme le Qaddich sont chantés sur des airs traditionnels des prières que l’on chante pour les autres grandes fêtes. La liturgie comprend de nombreux piyyoutims (poèmes liturgiques) ainsi que Avinou Malkenou, prières récitées pendant la reprise à haute voix de la Amidah du Moussaf.

La Amidah du Moussaf de Roch ha –chanah comprend trois groupes de dix versets relatifs au règne de Hachem (malkhouyyot), au rappel de son alliance avec Israël et de sa compassion (zikhronot) et à la sonnerie du chofar (chofarot).

Le thème du jugement est prédominant dans la prière Ashkénaze (Ou netanneh toqef), qui s’achève cependant sur une note optimiste, les fidèles proclamant que le repentir, la prière et la compassion peuvent détourner de soi le châtiment divin.

La liturgie de Roch ha-chanah reflète aussi l’opinion des sages selon laquelle la fête célèbre aussi l’anniversaire de la création du monde.

L’après midi du premier jour de Roch ha-chanah (du deuxième jour si le premier jour tombe un chabbat) il est de coutume d’observer la cérémonie du tachlikh : il s’agit de jeter symboliquement tous ses péchés dans une rivière, un lac ou toute autre étendue d’eau.

Lors de Roch ha-chanah on a coutume de se souhaiter mutuellement d’être inscrits dans « le livre de la Vie».

Les coutumes familiales ont des aspects poétiques : on récite d’abord le quiddouch, puis, au lieu de tremper le pain dans le sel comme on le fait habituellement pour le Ha-motsi, on le trempe dans le miel. On y trempe aussi des quartiers de pomme, que l’on mange après une brève prière ou nous demandons à Hachem que l’année à venir soit bonne et douce. Le second soir de Roch ha-chanah on a coutume de manger les premiers fruits de la saison afin de réciter le Ché-héhéyanou. Dans certaines communautés on a aussi coutume de confectionner des hallot, généralement rondes dont l’une des faces a la forme d’une échelle, pour symboliser les efforts que fait l’homme pour s’élever vers Hachem.

Roch ha-chanah est le huitième traité de l’ordre « Moed de la Michnah». Ce traité se caractérise par l’analyse de deux sujets : le premier explique le calendrier et la détermination des années embolismiques. Quand au second il consiste en une discussion systématique de la « providence », de la rétribution et du châtiment dans ce monde et dans le monde à venir.