POURIM

 

Rabbin Salomon Malka

 

Mordéhaï Hayéhoudi


On a compté dans toutes les cent vingt sept provinces de Médie et de Perse, une seule unité. C’est bien le sens de la méguilat Esther au chapitre2. v.5. «  un homme, un juif, vivait à Suze la capitale. Il s’appelait Mordéhaï fils de… de la tribu de Benjamin. » Au fur et à mesure que la date du 14 Addar approche, les maisons juives s’apprêtent à « s’éclater » par les crécelles bruyantes, par des pétards ou autres feux d’artifice (il ne faut pas les apporter à la synagogue), par des sifflets rugissants sans compter les cris stridents que nous adultes ne manquons pas de lancer sur le seul nom de Hamman. L’atmosphère de nos lieux de culte s’anime de tant de bruissements  le temps de la lecture de la méguila. C’est notre révolution, notre réaction éphémère aux douleurs de la traversée du désert que les nations nous ont imposé durant deux millénaires. Pourtant depuis plus de soixante ans les données ont bouleversé notre comportement. La fierté de Mordéhaï et le retour de nos frères en Erets Israël nous ont affranchis. Nous voilà à notre tour pris par la frénésie de combattre toutes les inégalités dont nous avons été victimes. Nous réagissons aux provocations de toute nature. Nous faisons savoir au monde hostile que le peuple juif ne se laissera plus jamais malmené, massacré, impunément. Pourim annonce le miracle permanent d’une nation qui a accepté le joug divin de la dispersion mais qui a toujours cru que viendra le jour où sa fierté d’appartenir au peuple de D. sera visible au grand jour, n’en déplaise à tous les pessimistes même au sein de notre peuple. 

 

L’espoir

 

Pourim rappelle bien entendu la place de la reine Esther aussi bien dans le palais d’Assuérus que dans les décisions rabbiniques prises dès l’année suivante comme le jeûne du 13 Addar et l’évocation de l’événement perse; prélude au retour des exilés ainsi que la construction du  second Temple de Jérusalem. Pourim a été le théâtre de confrontation de deux conceptions du monde. La société perse se targuait de sa réussite universelle par des festins de six mois dans des palais aux couleurs vives qui à ce jour font de ce pays un lieu touristique mais sans aucun avenir (avant les mollahs et même avec eux). Elle a mis au monde un monstre, Hamman, qui, à cause d’une nuque roide d’un seul juif décida d’éliminer tout le peuple de Mordéhaï au prix de sa propre perte. Le monde, selon l’acception traditionnelle du judaïsme, est un corridor qui prépare le olam habba, le monde à venir. Il engendre un faisceau d’espérances par des actes précis et pointus qui relient le Ciel à la Terre. Les rabbins insistent sur la qualité de vie faite de solidarité et d’abnégation. Parmi les règles à accomplir ce jour, deux visent autrui : le devoir de partage de deux mets avec son entourage et l’obligation de distribution de pièces d’argent à deux pauvres au minimum. Notre futur lance un défi pour sauvegarder notre planète des effets destructeurs que l’homme n’a cessé de développer pour son profit propre. Les mitsvot basées sur l’intérêt individuel,  perdent leur sens et ne peuvent être agréées par D. Dans les leçons des fêtes évènementielles comme Hanoucca et Pourim, nous avons retenu  que l’environnement tentaculaire attire l’individu dans ses filets puis finit par l’étrangler. Il faut avoir le courage de briser les atours et rester fidèle à notre engagement sur le mont Sinaï  même s’il parait rétrograde, rébarbatif. Grâce à notre fidélité,  nous garderons intacte notre chance des lendemains enchanteurs.

 

Pourim Saméah

 

Rabbin Salomon Malka

 

 

 

 



LA MEGUILAH, LE ROULEAU D’ESTHER

 

Jean-Paul Sidoun 


Fête célébrée le 14 Adar (le deuxième mois d’Adar), Adar Chéni lors d’une année embolismique, pour commémorer le salut des Juifs de l’empire Perse qui ont échappé aux intentions d’extermination d’Hamman, le grand vizir du roi Assuérus. Celui-ci est généralement identifié à Xerxès 1er, le grand roi de Perse. Les Juifs en exil depuis la destruction du premier Temple en 586 avant l’ère courante s’étaient établis jusqu’en Perse où ils vivaient en bonne entente avec la population autochtone.

Les évènements relatés dans la Meguilah d’Esther se sont produits vers le milieu du Ve siècle avant l’ère courante. Le terme Pourim vient du mot accadien « pour » qui signifie « tiré au sort », et fait référence aux dés lancés par Hamman pour fixer la date propice au massacre des Juifs, le 13 Adar. Le jeune d’Esther est désormais observé le 13 Adar en souvenir du jeûne proclamé par la reine Esther avant d’intercéder auprès d’Assuérus en faveur du peuple Juif. Le jour suivant le 14 Adar, est célébrée la fête de Pourim, « fête des sorts », instituée par Mardochée (Mordekhai), oncle d’Esther, en souvenir de la délivrance providentielle des Juifs. Nous trouvons une allusion à ce jeûne dès l’époque Hasmonéenne (2e siècle avant l’ère courante), dans le traité Soferim. L’épouse du roi Assuérus, Esther, était juive, et son oncle Mardochée était membre du grand Sanhédrin et prince de l’exil à la cour du roi. Esther, Mardochée et tout le peuple juif jeunèrent trois jours consécutifs. Grâce à leurs interventions conjuguées auprès du roi, les juifs furent sauvés, et Hamman et ses dix fils furent pendus. Le 15 Adar porte le nom de Pourim de Suse (Pourim Chouchan), en raison du combat qui opposa les Juifs et les partisans d’Hamman dans la capitale perse (l’antique Suse), combat qui se poursuivit au-delà du 14, Assuérus ayant accordé sa protection aux Juifs durant un jour supplémentaire pour leur permettre de vaincre leurs ennemis. Leur délivrance ne peut donc être fêtée qu’un jour plus tard. Pour cette raison, les Rabbins décrétèrent qu’à Jérusalem, ainsi que dans les autres villes fortifiées à l’époque de Josué, Pourim devait être célébré le 15 au lieu du 14. Puisqu’il n’est pas obligatoire mais seulement recommandé de s’abstenir de travailler, Pourim est considérée comme une fête mineure dans le calendrier Juif. Les années embolismiques le 14 ou le 15 à Jérusalem du premier mois d’Adar porte le nom de Pourim qatan qui se caractérise par l’absence de jeûne, de prières de supplications et d’éloges funèbres.  Les lois concernant la fête de Pourim sont décrites dans le traité talmudique Meguillah. La pratique la plus importante est la lecture du rouleau d’Esther aux deux offices du soir et du matin. Un chant traditionnel est employé pour la psalmodie. Dans la plupart des communautés, Pourim est marquée par une atmosphère joyeuse de carnaval : adultes et enfants assistent déguisés, à la lecture et chaque fois que le nom d’Hamman est prononcé, ils frappent du pied, agitent des crécelles et organisent un joyeux chahut. Cette pratique ancestrale provient de l’injonction « d’effacer la mémoire d’Amaleq », elle est d’abord soulignée dans Maftir, le chabbat qui précède Pourim (chabbat Zakhor) et dans le passage du Pentateuque lu pour la fête de Pourim elle-même. Comme lors de la fête de Hannoukkah, une courte prière d’actions de grâces célébrant la délivrance miraculeuse est insérée à la fois dans la Amidah et dans les actions de grâces après le repas. Cependant on omet à Pourim les psaumes de Hallel puisque les évènements commémorés se situent à l’extérieur d’Israël. En raison de sa nature joyeuse, la fête de Pourim est l’occasion de festivités traditionnelles. Selon la loi Rabbinique, celles-ci comprennent des échanges de nourriture, entre connaissances, voisins ou amis (michloah manot), dons de charité et repas de fête particuliers, ou seoudah se déroulant dans chaque maison durant l’après-midi. Pourim possède également ses plats traditionnels, qui comprennent des pâtisseries frites appelés oreilles d’Hamman, des petits pains triangulaires fourrés de dattes, de pruneaux ou de graines de pavot. Il est de coutume pour les parents de donner aux enfants l’argent de Pourim, (un présent en argent). Un caractère de frivolités sacrée entoure la célébration, Baroukh Mordekhai (Mardochée soit béni), et Arour Hamman (maudit soit Hamman), deux phrases empruntées au Chochannat Yaacov, chanté après la lecture du livre d’Esther, ont en Hébreu la même valeur numérique de cinq cent deux. Les Rabbins en ont déduit qu’il était louable d’être ivre au point de ne plus pouvoir distinguer sa droite de sa gauche. Depuis les origines de la fête, la représentation de mascarades, parodies ou pièces satiriques, est une coutume bien établie, et dans les Yechivots on choisit un étudiant chargé d’incarner le Rabbin de Pourim, imitant et parodiant ses professeurs. L’esprit de carnaval, est de nos jours, particulièrement évident en Israël, où les rues regorgent de noceurs et d’enfants déguisés. La plus célèbre parade de carnaval est celle de Adloyada, titre dérivé de l’expression de ad de-lo yada (jusqu’à ce qu’on ne puisse plus faire la différence). La fête de Pourim fut entérinée au 2e siècle de l’ère courante avec la rédaction du traité Méguillah de la Michnah, entièrement consacré aux lois régissant sa célébration. Dans la Kabbale et la littérature Hassidique la fête de Pourim est considérée comme un jour de joie et comme une commémoration de l’œuvre divine, mais de façon indirecte, car le nom de Hachem n’est jamais mentionné dans le livre. Les sorts de Pourim sont comparés à ceux qui sont tirés à Yom Kippour tandis que l’être humain nomme foi ou chance ce qui n’est qu’une manifestation de la Providence Divine. Les Kabbalistes attachèrent une telle importance à cette fête qu’ils affirmèrent au nom d’Isaac Louria, que le jour de Kippour était Yom ke-Pourim « comme Pourim ». Si cette fête ne véhicule aucun message éthique ou religieux clair, elle comporte néanmoins, comme celle de Hanoukkah, une forte connotation nationale. Elle commémore la victoire des Juifs sur leurs ennemis, et la chute d’Hamman qui incarne l’archétype de l’antisémite. En la célébrant les Juifs du monde entier renouvellent l’affirmation de leur foi en Hachem.