PESSAH

 

Rabbin Salomon Malka

 

Le printemps d'Israël

La liberté acquise il y a plus de trois mille ans a été un projet divin sur une promesse patriarcale. La mise en œuvre a été confiée à Moché, un homme profondément attaché à son peuple. Pour qu’elle soit définitive, il fallait avoir l’aval du peuple et la certitude de ne plus retourner sur les lieux de l’oppression. D. a offert au peuple hébreu, esclave dans l’Egypte tentaculaire, une sortie spectaculaire avec deux autres conditions. Il fallait accepter de se soumettre au seul D. et à ses lois. Il était impératif de se fixer dans le pays de ses ancêtres, la terre d’Israël. Il ne s’agissait pas de créer un monde ex-nihilo. L’avenir de ce peuple et son aspiration à lutter contre tous les diktats humains s’est inspiré toujours du leitmotiv Zékher Litsiat Mitsraïm, en souvenir de la sortie d’Egypte. Ce n’est pas par hasard que nous répétons chaque jour cette maxime. Nous la citons aussi à toute occasion festive.

 

Pour tout peuple digne de ce nom, son histoire prend racine par un événement exceptionnel qui est raconté, de génération en génération, comme l’acte de naissance pour tout individu. La sortie d’Egypte pour les bné Israël est notre encrage, notre référence au delà de toutes les vicissitudes rencontrées et victorieusement dépassées.

 

Dans la mémoire collective le lien profond entre l’histoire et l’avenir se tisse chaque nuit du Séder.

 

Les quatre temps

Cette soirée se compose de quatre temps, se concluant à chaque fois selon la formule consacrée : bazémane Hazé, en notre époque et par l’ingurgitation d’un verre de vin (ou de jus de raisin).

Le Kiddouch de fête ressemble à tous les autres sauf ici chaque convive dispose de son verre personnel. La dernière bénédiction avant de boire le premier verre en s’accoudant est celle dite pour toute nouveauté. Nous remercions D. de vous avoir accordé la vie et de vous avoir permis d’atteindre cet instant mémorable. Ce geste de l’accoudement est répété à chaque temps.

Le rituel de la Haggada s’achève par l’absorption du second verre. On aura eu l’occasion de commenter les textes trois fois millénaires d’une histoire incroyable d’un peuple qui ne finit pas de surprendre. Nous voyons défiler les patriarches. Nous partageons la terrible descente aux enfers de nos pères en Egypte. Nous nous réjouissons de leur miraculeuse sortie en égrenant les dix plaies par le jet de quelques gouttes de vin dans une bassine. Nous continuons cette lecture fascinante en notant la participation active de D. dans le déroulement des événements terrestres. La bénédiction finale est une prière au Maître du monde de nous permettre de goûter aux heures merveilleuses vécues par nos ancêtres dans le lieu mythique du Temple. Ce temps présent est le prélude d’un futur de rêve.

Le repas de fête est agrémenté par la succulence des mets traditionnels qui nous renvoient aux réunions familiales légendaires. Chaque convive se remémore les êtres si attachants qui ont su transmettre la flamme juive, phare dans les nuits d’exil incertaines, brillant comme le soleil à midi. A la fin du repas nous dégustons l’Afikomen, morceau de galette caché tout au long de la soirée qui rappelle le premier sacrifice en Egypte d’un veau, représentant le dieu égyptien. Sans cette attitude courageuse, le peuple hébreu n’aurait pas pu obtenir son ticket de sortie. A l’issue du bircat Hamazone, bénédictions après le repas, nous n’hésitons pas à boire le troisième verre. Nous disons régulièrement dans les actions de grâce en forme d’apothéose ce rappel. Mon D. miséricordieux fais nous vivre et permet nous d'accéder aux jours du Messie et au monde à venir, promesse accordée au Roi David.

Le quatrième temps se conclue lui aussi par le dernier verre de la soirée. Il se projette dans l’avenir. On ouvre la porte pour éventuellement laisser entrer le convive le plus célèbre, Eliahou Hanavi, le prophète Elie. Il annoncera la fin de nos tracas quotidiens et nous ramènera vers Jérusalem rebâtie et dotée du troisième Temple. Si par hasard il tardait à venir, le sommeil nous ayant été fatal, il pourra susurrer le verre qui a prôné durant toute la nuit à son  honneur. Sinon nous continuerons à réclamer son apparition jusqu’au jour où il sera effectivement présent. Notre conviction est inébranlable.

 

La cinquième coupe

Depuis une soixantaine d’années, certaines familles, en Israël, boivent un cinquième verre intitulé le verre du retour, selon l’expression de la Thora « je vous ferai revenir ». Il est mentionné dans le Talmud Pessahim 118b et fait l’objet de discussions entre les sages et Rabbi Tarphone. Le second voulait l’instituer, les autres ont préféré attendre des temps meilleurs. Les rabbins de notre génération gardent une position attentiste à ce sujet.  

Le lendemain, le second séder nous attend tant que nous persisterons dans notre diaspora insouciante. En Israël ce sont déjà les mi-fêtes. Pour nous tous, juifs de tout bord, Pessah reste un temps immémorial, fête de la liberté, prélude à la délivrance rédemptrice définitive.