Nos bar mitzvot en Algérie

Le 21 juin 1949 à Alger

MA BAR MITZVA

C’ETAIT HIER, à ALGER, LE 21 JUIN 1949, le 24 sivan 5709, jour ou je célébrais ma bar mitzva. C’était, comme on disait à l’époque le jour ou on devenait un homme….. Depuis un mois déjà il y avait dans l’appartement de mes parents une agitation autour de cet évènement d’autant que j’étais le premier petit fils dans la lignée du nom de mon père. Mon regret aujourd’hui est de ne pas avoir reçu une éducation religieuse à ce moment qui m’aurait permis de lire le samedi l’aftarah de la semaine.

J’ai donc appris durant les deux mois précédents ma bar mitzva, les prières en phonétique pour me présenter devant Hachem. Le mercredi, veille de ma bar mitzva, mes parents avaient réuni notre famille dans le petit appartement de Bab El Oued. C’était le soir de la coupe de cheveux. On m’avait installé sur un tabouret au milieu de la salle à manger et le coiffeur de la famille, en ciseaux d’apparat, était déjà prêt à me couper les cheveux en ce jour mémorable. Ensuite tous les garçons qui n’avaient pas encore célébré leur communion (comme on disait à cette époque) grimpaient à leur tour sur le tabouret pour se faire couper les cheveux. Ce soir la, les adultes de la famille faisaient couler l’anisette et se régalaient avec toutes les préparations spécifiques de ma mère(ZAL) A la fin de la soirée il ne restait plus de cocas(pas le coca- cola mais bien les cocas à la viande, aux épinards, a la tchouktchouka etc…),plus de variantes, plus de tramousses, plus de mendiants et je ne sais quoi encore; je ressens encore aujourd’hui cette atmosphère festive qui était la marque unique de nos réunions familiales à cette époque. Cette soirée se terminait en général autour de minuit dans la gaieté et la bonne humeur, on se quittait en se donnant rendez vous le lendemain matin à la synagogue.

Le jeudi matin, branle- bas de combat à la maison ; réveil à 6 heures de mon père(ZAL) de mon frère et moi pour aller à la synagogue à 7 heures. Ce départ de la maison est resté gravé dans ma mémoire car c’était le jour ou j’étrennais un magnifique costume avec un pantalon golf. (ouille ouille, ouille, la classe !) Nous voici partis de la maison vers la place du gouvernement pour nous rendre à la synagogue de la rue Boutin. A notre arrivée je suis allé embrasser mon grand père paternel, mes oncles mes cousins et tous mes petits copains qui étaient déjà assis face a la teva. C’était un grand jour car j’allais mettre les tefillins pour la première fois et réciter les prières qui accompagnent la montée a la thora. J’ai ressenti quelques petites frayeurs en portant pour la première fois le sepher thora et en le déposant sur la teva auprès du rabbin qui m’avait appris les prières qui précèdent la lecture de la paracha de la semaine. Malgré quelques petites hésitations, j’ai récité les premières phrases du schéma malgré mon émotion, mais tout s’était finalement bien passé et en quelques minutes j’étais devenu un adulte ; après avoir raccompagné le sepher thora dans l’echal, et à la fin de l’office, j’ai reçu les félicitations de toute ma famille.

En sortant de la synagogue la tradition voulait que nous nous retrouvions tous à la maison chez mes parents pour un magnifique petit déjeuner (beignets, croquets, cakes, galettes ; tout y était) Mais le moment le plus attendu était celui ou on allait me remettre les tefillins et qu’on demanderait à chacun des adultes de défaire un tour. Ce cérémonial était toujours accompagné d’un cadeau qui se concrétisait par un petit billet. Je crois que tous les garçons qui ont fait leur BAR MITZVA en pareille époque ont adore cette tradition. On devenait tout à coup riche. Après le repas de midi le BAR MITZVA c'est-à-dire moi en l’occurrence, invitait tous ses copains au cinéma. Ensuite à la sortie du cinéma, soit du PLAZA, du TRIANON, du MARIGNAN, de La PERLE ou encore du MAJESTIC nous nous retrouvions en bas de la maison et nous jouions dans la rue. Il faut vous dire qu’en ce temps là les jeux étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui.

Pour certains d’entre nous ces jeux vont leur rappeler des heures d’insouciance que nos petits enfants ne connaitront plus. Voici la liste de ces jeux

-le TOUR de France : ce jeu consistait à tracer à la craie sur le sol au milieu de la chaussée un parcours ressemblant au jeu de l’oie. Nous avions chacun un bouchon de limonade en fer que nous avions au préalable rempli de goudron pour lui donner de la force et de la stabilité. Le jeu consistait à avancer entre deux lignes à peine plus larges que le bouchon, sans sortir des lignes et arriver au bout du tracé le premier car chaque fois que nous sortions du tracé il fallait revenir en arrière. Certains d’entre nous avaient le génie de compliquer à merveille le tracé de ce jeu.

-le Match de FOOT : on dessinait à la craie un terrain rectangulaire sur la chaussée au milieu de la rue avec une ligne médiane, un rond comme sur les terrains et un but de chaque côte du rond central. On pouvait jouer à deux ou à quatre. Chacun avait son bouchon de goudron et le ballon était un bouchon de fer non goudronné qu’on s’évertuait à envoyer dans les buts adverses en frappant chacun à notre tour.

-les TCHAPS : on collectionnait d’abord les dessins des boites d’allumettes de l’époque, qui étaient dans un bois très fin. Le but du jeu était de se positionner à 5 mètres d’un mur et d’envoyer les tchaps au plus près du mur. On jouait avec 5 ou en 10 tchaps, le vainqueur était celui qui envoyé sa tchaps au plus près et au plus haut contre le mur. .Certains arrivaient à envoyer les tchaps debout contre le mur, on appelait cela « caballo » 

-La BOLERA ou la BOULERA : on choisissait un mur assez large au moins 5 à 7 mètres de largeur et une balle en caoutchouc. Il fallait tracer une ligne à hauteur d’enfant et envoyer la balle à mains nues au dessus de la ligne. Celui qui n’arrivait pas à renvoyer la balle perdait un point, la partie se jouait en 11 points gagnants.

Et puis il y avait les matches de foot entre rues, par exemple la rue BARRA contre la rue de la BRETONNIERE. C’est peu dire que personne ne voulait perdre ; nous étions déjà des professionnels en herbe. Il se peut que ces quelques souvenirs évoquent des moments inoubliables de notre enfance et si cela devait être le cas n’hésitez pas à laisser un message sur le site pour qu’on puisse vous contacter.

A vous tous de la joie, de la sante, et un cordial chalom.

 

Un enfant de BAB EL OUED