MEMORIAL

 

Inauguration à Pantin du mémorial pour les Juifs d’Algérie

                 

Par La rédaction d'Hamodia, No 25 décembre 2013, Communauté France

Fruit de deux ans de travail, le mémorial pour les Juifs inhumés en Algérie a été inauguré, jeudi 19 décembre, au cimetière de Pantin (93). Ce monument permettra désormais aux Juifs originaires d’Algérie de se recueillir et d’honorer la mémoire de leurs proches, civils ou militaires, décédés là-bas. 

Face à l’extrême difficulté de se rendre en Algérie pour y réciter un Kaddich sur les tombes d’aïeux disparus, des milliers de familles juives originaires d’Algérie pourront désormais graver les noms des défunts en lettres d’or au dos du mémorial ou encore y enterrer un tube souvenir. « Le 50e anniversaire de l’exode des Juifs français d’Algérie nous a poussés à réfléchir à une idée qui nous permettrait de prier et de commémorer le souvenir de nos morts, explique Georges Benazera, président de l’EFJA (l’association Exode des Français juifs d’Algérie) qui est à l’origine du mémorial. Il y a deux ans, je suis allé en Algérie afin d’y enterrer le dernier Juif du pays, Messaoud Chetrit. Le projet s’est alors imposé de lui-même dès mon retour ». Après deux années de travail, l’EFJA finit par obtenir le soutien des institutions françaises et communautaires. Mais ce sont surtout les témoignages reçus qui ont confirmé à Georges Benazera la nécessité d’un tel monument. « Ce fut un immense réconfort de voir ces gens appeler des quatre coins du monde pour inscrire des noms sur  le mémorial. Chacun apportait un témoignage, souvent dramatique. Certains ont perdu des enfants, d’autres n’ont plus de nouvelles de proches disparus depuis 1962 », poursuit-il. Deux cents tubes ont d’ores et déjà été scellés et apposés dans le socle du mémorial avec nom, prénom et lieu du décès. Quarante noms ont, eux, été gravés en lettres d’or. Près de 800 noms pourront encore être inscrits. Pourtant, le travail ne s’arrête pas là. « Nous avons un second objectif : recueillir les noms des 54 000 sépultures de Juifs en Algérie », avoue Georges Benazera. L’enjeu est de taille, car il s’agit également de transmettre une mémoire aux nouvelles générations pour qui l’Algérie ne signifie plus grand-chose. « Nous, on est la dernière génération. On pense à nos enfants et à nos petits-enfants. Pour cette raison, nous allons créer un site internet avec les histoires racontées par les personnes qui nous appellent, prévoit le président de l’EFJA. Il ne faut pas non plus oublier que nous avons été élevés dans cette République que nous avons aimée et pour laquelle nous nous sommes battus. Je suis moi-même un ancien combattant, tout comme mon père et mon grand-père. C’est une mémoire qu’il ne faut pas oublier, même si la page est tournée. Nous avons un devoir de transmission de 2 500 ans d’histoire du peuple juif en Algérie ». 
Parmi les personnalités présentes jeudi 19 décembre au cimetière de Pantin pour assister à l’inauguration de ce mémorial, on pouvait remarquer le grand rabbin de Paris et grand rabbin de France par intérim, Michel Gugenheim, le président du Consistoire, Joël Mergui, le vice-président du CRIF, Ariel Goldmann, l’aumônier général israélite des Armées, le grand rabbin ‘Haïm Korsia, ainsi que des représentants de la mairie de Paris et du ministère de la Défense. « On a tendance à oublier le traumatisme vécu par ceux qui ont dû vivre en exil. Le fait de laisser derrière soi des proches disparus en se disant qu’on ne pourra plus se recueillir sur leur tombe n’est pas des moindres, a tenu à rappeler le grand rabbin Gugenheim. Le nom d’une personne, c’est son essence. Ce mémorial constituera une bibliothèque entière, un monument de livres de vies ». De son côté, Joël Mergui voit cette stèle comme un commencement. « Le judaïsme n’est jamais dans le renoncement, a-t-il affirmé. Nous continuerons à nous battre pour que les cimetières juifs d’Algérie ne soient pas oubliés. Le fait d’effectuer un Kaddich à Pantin ne signifie pas qu’on ne le fera plus sur les tombes de nos morts en Algérie ». Également présent, le rav Chlomo Zini, fils du dernier grand rabbin d’Algérie, rav Shimon Zini qui a salué cette initiative même s’il eut préféré voir ce mémorial érigé en Israël. « D’après moi, un monument qui se veut être le témoignage du passé du peuple juif doit se trouver en Israël, car c’est le seul endroit où il ne sera pas galvaudé. Cependant, le projet a été mené dans un esprit positif. Je pense qu’il s’agit d’un monument en faveur d’une mémoire vivante et non d’une mémoire de tombe. Cette mémoire vivante concerne la Torah qui existait à l’intérieur de la communauté juive algérienne, une Torah propre à cette région du monde et que peu connaissent », constate le rav de la communauté oranaise de Paris. Une commémoration annuelle se tiendra le 18 juin de chaque année sur le site du mémorial où un Kaddich sera récité. 
Lisa Séréro