HANOUKA : LA FETE DES LUMIERES

 

Jean-Paul Sidoun

 

Rappel historique : lors de la construction du Temple portatif dans le désert ( Michcan ) ‘H ordonna la construction de différents objets du culte dont la Ménorah, un candélabre à sept branches. La description qu’en donne la TORAH (Exode 25,31-40) nous décrit un arbre de lumière qui devait être allumé en permanence.

La Judée vécut d’abord sous domination Perse, puis passa sous la domination des Grecs en 333 avant l’ère courante conduits par Alexandre le Grand.

A la mort de ce dernier son Empire fut partagé entre ses généraux, dont l’un régnait en Egypte et l’autre en Syrie. La Judée après une guerre de partage, finit par appartenir au royaume de Syrie ou gouvernait la dynastie des Séleucides.

Antiochus IV Epiphane, surnommé le Fou par les Juifs, monta sur le trône de Syrie en 175 avant l’ère courante (3585 du calendrier Hébraïque). C’était un tyran qui méprisait la religion Juive.

Il voulut imposer l’unification de son royaume au moyen d’une religion et d’un culte unique : l’hellénisme. Le culte des Hébreux fut interdit, les rouleaux de la TORAH confisqués et brulés. Le respect du Chabbat, la circoncision, la Cacheroute furent interdits sous peine de mort.

Les Juifs étaient divisés. D’un côté les pieux appelés « Hassidims », refusèrent de se soumettre aux règles dictées par Antiochus et continuèrent à étudier la TORAH et à observer les Mitsvots malgré le danger d’être exécutés.

D’un autre côté, il y avait des Juifs hellénistes, favorables à une assimilation à la culture et à la religion grecques. Ils avaient abandonné la TORAH et les pratiques religieuses et s’adonnaient à l’art et aux jeux olympiques, qui avaient à l’époque un caractère religieux.

Enfin il y avait des Juifs indécis, ne sachant pas s’il fallait suivre les Hassidims ou les hellénistes.

Dans le petit village de Modiine, non loin de Jérusalem, vivait un vieux prêtre Matithyahou, père de cinq fils.

Un jour, les soldats d’Antiochus arrivèrent à Modiine et érigèrent un autel sur la place du marché. Ils invitèrent tous les Juifs à venir offrir des sacrifices aux dieux grecs. Le grand prêtre Matithyaho u prit la parole et dit : « mes fils, mes frères et moi-même resterons fidèles à l’alliance de nos ancêtres ». Un juif helléniste s’avança vers l’autel pour offrir un sacrifice. Matithyahou se saisit de son épée et le tua sur place. C’était le signe de la révolte. Les fils et les amis de Matithyahou se ruèrent sur les officiers et les soldats grecs dont beaucoup furent tués, le reste prit la fuite.

Les Juifs démolirent l’autel du sacrifice et se réfugièrent dans les montagnes. Bientôt les Juifs observant et les Juifs indécis rejoignirent Matithyahou et ses fils dans la montagne, et la révolte devint celle de tout le peuple Juif de Judée.

Avant de mourir, le grand prêtre Matithyahou réunit ses cinq fils : Yohanane, Chimhon, Yehoudah, Yonathan et Eleazar et les exhorta à continuer le combat. Il nomma Juda à la tête des armées. Celui-ci fut nommé Juda Maccabé, à cause de sa bravoure ou peut- être à cause du slogan imprimé sur son étendard : Makabi sont les initiales de  « Mi-Kamokha Baélim Hachem » : « Qui est comme Toi parmi les puissants, O Eternel ». Les soldats d’Antiochus menés par Apolonius, Nicanor et Gorgias, tous des généraux de valeur à la tête d’une forte armée, furent battus tour à tour.

Juda Maccabé et ses hommes se rendirent à Jérusalem, qu’ils libérèrent en l’année 165 avant l’ère courante (3595 du calendrier hébraique). Le temple de Jérusalem était souillé par la présence d’idoles. Les compagnons de Yehoudah Makabi nettoyèrent le temple, le débarrassèrent de toutes les impuretés, de toutes les idoles, bâtirent un nouvel autel et le consacrèrent le 25 Kislev de l’année 3595.

Ce fut l’inauguration du temple ou Hanoukat Habatit, d’où le nom de la fête de Hanouka , fête de l’inauguration.

Les Makabin ayant purifié le Beth Hamikdach, le Temple, ils voulurent allumer le chandelier à sept branches perpétuel. Mais celui-ci avait été volé par les grecs syriens.

Ils fabriquèrent alors un autre chandelier provisoire. Lorsqu’ils voulurent l’allumer, ils ne trouvèrent qu’une fiole d’huile pure, portant le cachet du grand prêtre, qui alimenta le chandelier huit jours, au lieu d’un jour habituellement. Ce miracle de la fiole d’huile est à l’origine de l’allumage des lumières durant la fête de Hanouka ; mais le véritable miracle demeure dans la victoire d’une poignée de juifs contre des armées fortes et bien organisées, qui avaient envahi tout l’orient. Le symbole de cette victoire spirituelle et politique, le candélabre, a marqué profondément la conscience collective du peuple juif : il est devenu avec l’étoile de David, le symbole par excellence du judaïsme et du peuple d’Israel.

En souvenir du miracle de Hanouka , les juifs allument un candélabre pendant huit jours. Cependant l’interdit de la représentation inclut de façon essentielle l’interdiction de reproduire les objets qui se trouvaient dans le Temple. Les huit jours du miracle ont donné naissance à un nouveau candélabre à huit branches au lieu de sept branches.

Une seconde modification a été introduite par le rite : les lumières sont allumées progressivement et non toutes à la fois.

Ainsi le premier jour nous allumons une lumière, le deuxième deux, jusqu’au huitième jour huit. Cette progression introduit l’idée de la nécessité d’une amélioration, d’un renouvellement ininterrompu. Selon le principe qu’énonce l’école de Hillel : Maalime baqodech veèn moridime, « on monte en sainteté, et on ne descend pas ».

La lampe ou la bougie qui sert à allumer les lumières de la Hanoukia s’appelle le Chamach, le serviteur ; elle est posée sur le côté ou au centre un peu plus haut ou de façon décalée, pour ne pas le confondre avec le nombre de bougies du jour.

Les rites sont ainsi la mémoire des évènements historiques du peuple juif et aussi de l’inscription du Nom vivant dans la matérialité du monde. Le nom EHYE s’écrit Aleph-Hé-Yod-Hé, ce qui correspond aux chiffres 1-5-10-5. Si on additionne ces chiffres selon le principe de l’allumage des bougies de Hanouka on obtient :

1

1 + 5

1 + 5 + 10

1 + 5 + 10 + 5

= 44

De même pour les bougies, pendant la fête de Hanouka, on allume 44 bougies (36 bougies et 8 chamach) correspondant au déploiement du nom « Je serai ».

Le rite rappelle en lumière que « la perfection de l’homme réside dans sa perfectibilité ».

Il est intéressant de noter que toutes les sources de l’histoire de Hanouka sont en grec.

Ainsi la mémoire juive est-elle transmise par une autre langue que l’hébreu, à travers un autre espace culturel. C’est peut-être là aussi un des enseignements de Hanouka. La lumière n’est possible qu’à travers le dialogue entre les cultures et non pas dans le rejet.

Les lumières de Hanouka sont comme des mains de lumières tendues pour le dialogue et la paix.